- Pourquoi la barre k = 5 est-elle la plus haute pour 10 lancers de pièce, tout en ne valant qu’environ 25 % ?
- Avec n = 10 et p = 0,5, la moyenne est np = 5, donc 5 faces est l’unique compte le plus probable. Il y a C(10, 5) = 252 suites avec exactement cinq faces, sur 2¹⁰ = 1024 suites équiprobables, d’où P(K = 5) = 252/1024 ≈ 0,246. Les trois quarts restants de la probabilité se répartissent sur les autres comptes : 4 ou 6 faces ont chacun environ 0,205, 3 ou 7 environ 0,117, et ainsi de suite. « Le plus probable » ne veut donc pas dire « probable » ; la probabilité de se trouver à moins d’un écart-type (√2,5 ≈ 1,58) de la moyenne, c’est-à-dire 4 ≤ K ≤ 6, vaut environ 0,66.
- Que fait la correction de continuité, et pourquoi est-elle nécessaire ?
- La variable binomiale ne prend que des entiers, tandis qu’une variable normale prend n’importe quelle valeur réelle. Pour approcher P(K ≤ k) par la courbe normale, chaque entier k est représenté par l’intervalle allant de k − ½ à k + ½, si bien que tout l’événement K ≤ k correspond à l’aire sous la courbe jusqu’à k + ½, et non jusqu’à k. Sans le ½, l’approximation manque systématiquement une demi-barre. Pour P(K = k), la valeur corrigée est l’aire entre k − ½ et k + ½, proche de la hauteur de la barre ; avec la correction, l’erreur pour n = 20 et p = 0,5 est inférieure à 0,001 en k = 10, tandis que sans elle la normale donne P(K ≤ 10) ≈ 0,500 au lieu de la valeur exacte 0,588, soit une erreur de presque une demi-barre.
- Quand l’approximation de Poisson est-elle bonne, et quand ne faut-il pas l’utiliser ?
- La loi de Poisson de moyenne λ = np est la limite de la binomiale quand n grandit et que p diminue, np restant fixé. Elle est précise quand p est petit, à peu près pour p ≤ 0,05, et que n est assez grand pour que np soit modéré ; pour n = 100 et p = 0,03, les deux lois concordent à environ 0,004 près pour chaque k. Pour p proche de 0,5, c’est une mauvaise approximation : la Poisson a pour variance λ = np, tandis que la binomiale a pour variance np(1 − p), qui ne vaut que la moitié à p = 0,5, si bien que les tiges de Poisson sont visiblement trop larges. L’approximation normale est alors le bon outil.
- Après 1 000 expériences, les contours roses ne coïncident toujours pas exactement avec les barres cyan. Quelque chose ne va-t-il pas ?
- Non. Chaque barre rose est une fréquence relative, une estimation sur un échantillon de la probabilité exacte correspondante, et elle fluctue d’une série à l’autre. Une barre dont la vraie probabilité est q a pour erreur type √(q(1 − q)/N) sur N expériences ; pour q = 0,25 et N = 1 000, cela vaut environ 0,014, donc des écarts d’un ou deux centièmes sont attendus. Quand N augmente, l’erreur type diminue comme 1/√N : dix mille expériences la réduisent d’un facteur d’environ trois, et non de dix. Le même effet apparaît pour la moyenne empirique, qui se rapproche de np sans lui être exactement égale.